Journée sans achat : en finir avec le gaspillage!

Société de consommation

« Consommez autrement! », «Dépensez moins, consommez mieux! », « Achetez local! » « Acheter, c’est voter! ». Ces injonctions, on les entend de plus en plus souvent. En ces temps d’urgence climatique, les concepts de consommation responsable, consommation éthique, commerce équitable, zéro déchet et achat local sont mis de l’avant comme autant de solutions à la crise écologique que nous vivons. Bien qu’intéressantes, ces solutions sont d’ordre individuel et font fi des facteurs systémiques qui influencent la consommation. Le 29 novembre, ce sera la journée sans achat. Pour l’occasion, nous vous proposons de prendre du recul par rapport à un débat imprégné de moralisme et de catastrophisme et de saisir l’occasion pour réfléchir à notre consommation… mais surtout à notre société de consommation et au gaspillage qu’elle induit.

Pour illustrer cette réflexion sur le gaspillage, nous étudierons deux des industries les plus polluantes au monde : la mode et le numérique .

 

Le gaspilleur n’est pas toujours celui qu’on pense

Nous vivons actuellement dans une société d’abondance et le phénomène du gaspillage a pris beaucoup d’ampleur dans bien des domaines. Dans la lutte contre le gaspillage, le consommateur est souvent pointé du doigt. Il consommerait trop et il consommerait mal. 

 

Le gaspillage en quelques chiffres :

L’industrie de la mode :

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  • Entre 2000 et 2018, la production de vêtement a presque triplé. L’an dernier, c’est 140 milliards de vêtements qui ont été produits dans le monde.
  • Selon Greenpeace, nous achetons en moyenne 60% plus de vêtements qu’il y a 15 ans.
  • 70% des vêtements contenus dans notre garde-robe ne seraient jamais portés.
  • Au Québec, chaque personne achète en moyenne 27 kg de textile par année et se départirait de 24 kg. Ça représente une cinquantaine de jeans.
  • Les grandes marques de vêtements ont l’habitude de brûler leurs invendus. En 2018, H&M était accusé de brûler 12 000 tonnes d’invendus par an, et plus de 60 000 depuis 2013.

 

L’industrie du numérique :

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  • En 2010, il y avait en 8 et 10 milliards d’appareils dans le monde (1 milliard d’ordinateurs, 2 milliards de téléphones cellulaires et de 5 à 7 milliards d’objets connectés)
  • Entre 2007 et 2017, 8,5 milliards de téléphones intelligents ont été fabriqués.
  • Nous changeons de cellulaire tous les 18 mois, même si dans 88% des cas, le dernier fonctionnait encore
  • Moins de 1% des appareils seraient recyclés. Le recyclage est difficile à cause des nombreux métaux présents qui sont fusionnés: seule une vingtaine de métaux se recyclent.
  • 48 millions de tonnes d’appareils électriques et électroniques ont été jetées en 2014 seulement.

 

Il est vrai donc qu’il y a beaucoup de gaspillage du côté de la consommation. Toutefois, le gaspillage est d’abord et avant tout du côté de la production. Produire les matières premières, les transformer et les transporter génère énormément de déchets. Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) en France, ¾ de l’impact environnemental du cellulaire est dû à sa fabrication. L’extraction des minerais présents dans les cellulaires sous la forme de métaux est une des étapes particulièrement polluantes.

Sans compter que les compagnies produisent toujours plus. Certaines grandes chaines de prêt-à-porter renouvelleraient leurs collections chaque semaine. Ainsi, l’appel à un effort d’autolimitation de la part des consommateurs ne suffit pas. Une fois que le l’objet est fabriqué, on arrive bien tard dans la boucle de réflexion.

Si l’on veut réellement lutter contre la surconsommation et le gaspillage, il faut transformer en profondeur notre modèle économique. Culpabiliser le consommateur n’est pas la solution. C’est notre système économique qui nous a amenés dans cette situation. Pour lutter contre les changements climatiques, c’est donc le système qu’il faut changer.

 

La consommation à la rescousse du climat?

Ceci étant dit, le consommateur peut quand même jouer un rôle… dans une certaine mesure. L’urgence que représentent les changements climatiques impose la modification de notre consommation. Toutefois, les consommateurs sont enchâssés dans un système dont il est difficile de s’extraire. Le système capitaliste dans lequel on vit repose sur la consommation des ménages. Bon an mal an, celle-ci représente 60% du produit intérieur brut (PIB) du pays. Si nous arrêtions de consommer, l’économie s’écroulerait. Par conséquent, le gouvernement et les entreprises mettent beaucoup d’efforts pour nous faire consommer toujours davantage… et donc gaspiller toujours plus. Tout est mis en place pour que l’on continue de consommer de la même façon. Cette situation de surconsommation, mais aussi de surproduction, s’explique en grande partie par la combinaison de deux phénomènes : le marketing (voir notre texte écrit pour la journée sans achat l’an dernier)[insérer le lien] et l’obsolescence programmée.

L’obsolescence programmée, c’est un processus qui consiste à réduire la durée de vie et la durée d’utilisation d’un bien. Ce phénomène concerne autant les appareils électriques et électroniques que les vêtements. On peut réduire la vie d’un objet de différentes façons : 1. on peut les rendre impossibles à réparer, 2. incompatibles, ou 3. fragiles. On peut 4. intégrer des notifications trompeuses ou 5. détourner l’argument écologique (par exemple lorsque l’on incite les consommateurs à remplacer des objets qui fonctionnent bien par d’autres moins consommateurs d’énergie ou plus respectueux de l’environnement). Finalement, on peut 6. jouer sur l’effet de mode (c’est ce qu’on appelle souvent l’obsolescence psychologique).

Ainsi, si l’on veut réellement permettre aux consommateurs de jouer un rôle dans la lutte contre les changements climatiques, il faut mieux les informer sur les impacts réels de leurs choix et leur offrir de véritables solutions de remplacement! Il faut cesser d’isoler la question de la consommation de celle de la production. Le gouvernement doit s’investir et mettre en place des politiques d’encadrement des entreprises ainsi que des incitatifs à l’action pour les consommateurs.

À l’approche du 29 novembre, journée sans achat, cessons de culpabiliser seulement le consommateur. Et réfléchissons, ensemble, sur les meilleures façons de mettre fin au gaspillage. Pour aller plus loin dans cette réflexion, consultez les deux textes suivants :

  1. Le « fastfashion », une industrie toxique
  2. Le numérique, une industrie très polluante