Le fastfashion, une industrie toxique

 

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L’industrie de la mode s’est considérablement transformée dans les dernières années. La part du budget consacré à l’achat de vêtements a diminué. Mais attention, ça ne veut pas dire que nous en consommons moins. Au contraire! Selon Greenpeace, nous achetons en moyenne 60% plus de vêtements qu’il y a 15 ans. Entre 2000 et 2018, la production de vêtements a presque triplé. L’an dernier, c’est 140 milliards de vêtements qui ont été produits dans le monde. Il y a vingt ans, les grandes marques proposaient deux collections de prêt-à-porter par année. Aujourd’hui, certaines chaînes renouvellent leurs collections chaque semaine. Produire et diffuser dans des temps record des collections sans cesse renouvelée, c’est ce qu’on appelle la « fastfashion ».

Comment est-il possible d’acheter des vêtements toujours moins chers, sachant que le coût de la vie ne cesse d’augmenter? Les grandes entreprises seraient-elles de plus en plus généreuses ? Si le Black Friday et ses bas prix peuvent être alléchants, la réalité est autre : les coûts présentés en magasin ne tiennent pas compte des coûts sociaux et environnementaux inhérents à la confection de ces vêtements, ni des impacts néfastes de l’industrie de la mode sur la santé.

Quand on pense au gaspillage, on pense souvent au consommateur. Gaspiller, ce serait acheter trop de vêtements. Dans les faits, c’est plus que ça. Pour bien saisir l’ampleur du phénomène, il faut également regarder du côté de la production. C’est ce qu’on vous propose de faire.

 

Quand s’habiller à petits prix menace la planète…

Textile-pollution

La mode est la deuxième industrie la plus polluante de la planète, derrière le pétrole.  Elle consomme énormément de ressources. Son impact environnemental est donc majeur. Voici quelques exemples :

  • Production de gaz à effet de serre: l’industrie de la mode produit chaque année 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre. C’est plus que le transport maritime et aérien ensemble. Ça représente 2 % des émissions de CO2 dans le monde 
  • Consommation d’eau : Le textile est le 3e consommateur d’eau dans le monde après la culture du blé et du riz. 4% de l’eau potable disponible dans le monde est utilisée pour produire des vêtements. De 7000 à 11 000 litres d’eau sont nécessaires pour produire un jeans. C’est l’équivalent de 285 douches
  • Pollution de l’eau : l’industrie de la mode est responsable de 20% des rejets d’eaux usées dans le monde. De plus, 70% des fibres synthétiques produites dans le monde proviennent du pétrole. Quand on les lave, nos vêtements relâchent des micro-fibres de plastique dans l’eau. Ça représente l’équivalent de 50 milliards de bouteilles de plastique
  • Utilisation de pesticide : 25 % des pesticides utilisés dans le monde le sont pour la culture du coton, alors qu’elle ne représente que 2,4% de la surface agricole mondiale

Évidemment, les impacts environnementaux ont des répercussions sur le plan de la santé. Concrètement, environ 22 000 personnes meurent chaque année en raison de l’application de pesticides destinés au coton. Les produits chimiques et les métaux lourds utilisés lors de l’ennoblissement des tissus causent également des problèmes de santé aux travailleurs et travailleuses qui les manipulent et aux consommateurs qui les portent.

 

 

Des petits prix qui coûtent chers aux travailleurs et travailleuses du textile

Conditions de travail

Pour continuer d’offrir des bas prix tout en conservant une marge de profit intéressante, la plupart des compagnies ont délocalisé leurs usines dans les pays en voie de développement. Dans les années 1960, les marques américaines produisaient 95% de leurs vêtements aux États-Unis. Aujourd’hui, ce nombre est passé à 3%.  Pour décrire ces endroits, on parle souvent d’ « ateliers de misère » ou « sweathshops » [voir plus bas]. À l’heure actuelle, on retrouve des milliers de ces ateliers un peu partout dans le monde. 27 millions de personnes y travailleraient. Si ces ateliers se retrouvent principalement dans les pays en développement, il en existe aussi en Europe, aux États-Unis et même au Canada. Y travaillent principalement des personnes immigrantes ou sans statut.

Pour illustrer cette situation, prenons l’exemple du Bangladesh. Avec ses 4 millions de personnes travaillant dans l’industrie du textile, ce pays est l’un des plus importants fournisseurs de main d’œuvre bon marché. Les employéEs travaillent bien souvent 6 jours par semaine, 12 heures par jour, dans des usines de textiles surpeuplées et délabrées. Pour leur travail, ils et elles ne reçoivent que 2 $ par jour. C’est loin d’être suffisant pour répondre à leurs besoins de base.

Qu’est-ce qu’un atelier de misère ?

Ces ateliers sont synonymes d’exploitation à outrance des travailleurs et travailleuses : mesures disciplinaires arbitraires, salaires au-dessous des normes minimales, longues heures de travail et heures supplémentaires obligatoires souvent non payées, insécurité au travail, travail des enfants, négation du droit de s’organiser en syndicat, etc).

De plus, ils et elles travaillent bien souvent dans des conditions dangereuses. L’effondrement du Rana Plaza en 2013 en est un bon exemple. 1129 personnes sont mortes lors de cet accident. L’immeuble présentait des fissures visibles qui avaient été remarquées et dénoncées le jour même par les travailleurs et travailleuses auprès de la direction. La direction avait répondu à ces alertes par la menace de renvoyer tous ceux et celles qui ne retournaient pas travailler sur le champ. Malheureusement, ce n’est pas un cas isolé. Un événement semblable avait eu lieu le mois précédent, encore au Bangladesh, faisant 100 victimes. Entre 2005 et 2013, plus de 1700 personnes sont mortes dans des usines au Bengladesh.

 

Des solutions existent pour sortir de la « fastfashion »

Lorsque l’on regarde l’ampleur des conséquences à l’échelle mondiale du système actuel,  on constate que si on veut réellement lutter contre la surconsommation et le gaspillage, il faut transformer en profondeur la façon dont les compagnies sont organisées.

Les gouvernements doivent instaurer des lois pour obliger l’industrie du textile à respecter les droits humains et l’environnement. Il faut également mieux informer les consommateurs et rendre la chaine d’approvisionnement plus transparente

 

En attendant, par ses actions concrètes, il est possible pour le consommateur de se faire entendre. Certaines solutions sont évidentes comme consommer moins, et choisir des vêtements sobres qui traverseront mieux les changements de mode. Mais pour ceux et celles pour qui les vêtements constituent une importante source d’affirmation de soi, d’autres gestes sont possibles. Parmi ceux-ci :

  • choisir des marques engagées qui considèrent leurs fournisseurs locaux comme de véritables partenaires et mettent en place des programmes de formation, tout en veillant à ce que les conditions salariales soient justes
  • prioriser des marques locales, faisant affaire avec des fabricants respectant des conditions de travail humaines et dont les émissions de gaz à effet de serre dû au transport sont fortement réduites
  • Magasiner dans des friperies ou participer à des «swap» de vêtements, qui permettent de moins consommer tout en gardant une garde-robe diversifiée
  • Louer ses vêtements
  • Donner une 2e vie à nos vêtements en les apportant à des organismes tels que Renaissance

 

Chaque année, les Québécois et Québécoises achètent 27 kg de textile et en jettent 24kg. Il y a place à réfléchir. Toutefois, bien qu’importante, l’action individuelle a ses limites. Une fois le vêtement produit, on arrive tard. Il faut réduire les déchets à la source en produisant moins. En ce sens, dans son plan directeur de réduction des matières résiduelles 2020-2025, la ville de Montréal considère interdire la destruction des vêtements invendus. Ce sera intéressant de voir quels effets cette mesure aura sur le modèle d’affaire de l’industrie de la mode.