Deuxième rencontre – récits de vie

Pour cette deuxième rencontre, nous avons choisi d’explorer les histoires de vie des participants et participantes. Pour ce faire, on leur a proposé de répondre à l’une de ces trois questions :

  • Une situation où vous vous êtes senti différent, parce que pauvre ou endetté
  • Un moment où vous avez pris conscience de votre situation de pauvreté ou de votre niveau d’endettement
  • Une situation d’injustice vécue en lien avec le fait d’être en situation de pauvreté ou d’être endetté

Le partage s’est fait d’abord en petit groupe. Ensuite, une histoire a été choisie et racontée au grand groupe.

Démarche 2e rencontre

 

Après chaque récit, les citoyens et citoyennes ont partagé leurs cris du cœur (ce que leur a fait vivre le récit) et leurs espérances de changements (ce qui devrait changer pour que cette situation ne se reproduise plus). Les voici, en vrac!

 

PREMIER RÉCIT DE VIE : « J’achève ma maîtrise. V’la pas longtemps, mes prestations de chômage avaient arrêté pis mes prêts et bourses sont assez bas pis là, pour la première fois, j’ai pas l’argent pour payer ma carte de crédit pis j’ai pas les revenus qui s’en viennent. Facque là, je me suis mis à penser tout de suite à qu’est-ce qui faut que je fasse pour pas trop que ça paraisse que j’suis pauvre pis que j’arrive à pas le dire à mes amis pis à ma famille… »

 

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Vos cris du cœur (ce que le récit vous fait vivre)

  • Cette histoire, ça me touche beaucoup, ça fait vraiment mal au cœur. On devrait militer pour la gratuité des études. Ça devrait être un droit
  • Moi je dis l’injustice de ne pas avoir les fonds pour étudier. Ma nièce est endettée de 30 000 piasses. Elle vient d’avoir sa maîtrise. Elle est jeune. Elle va se marier avec un gros déficit
  • Le cri du cœur, c’est ouf encore une fois
  • Moi, mon cri du cœur, c’est que je vois beaucoup de honte dans la situation. Essayer de changer tes habitudes pour pas que ça paraisse, essayer de pas le dire, essayer… pis je le comprends, on a tous fait ça, mais des fois, si on s’en parlait un peu plus, on se rendrait compte qu’on est vraiment pas tout seul là-dedans. La honte, pis de pas vouloir en parler pis de pas vouloir demander de l’aide, c’est ce qui nous isole encore plus pis quand on est tout seul, on a encore moins de ressources que quand on est en groupe
  • Le cri du cœur, c’est que la précarité peut arriver n’importe quand et à n’importe qui et aussi que le système de prêts-bourses qui garantit l’accès aux études, c’est un peu faux, très faux même, parce que ça amène un très grand endettement
  • La pauvreté empêche l’avancement de la personne et la contribution de la personne à la société

 

Vos espérances de changements (ce qui devrait changer pour que cette situation ne se reproduise plus)

  • On devrait mettre en place un système d’aide pour les étudiants qui finissent les études pendant les périodes qu’on attend de trouver un emploi parce que c’est à ce moment qu’on a le plus de problèmes à s’incorporer dans le système de travail
  • On doit changer le système. On veut un revenu social minimum garanti. C’est nécessaire. Ça va donner les sous à tout le monde pour pouvoir aller étudier et peu importe l’âge. La gratuité scolaire. De la garderie aux études supérieures, c’est nécessaire
  • Travailler au niveau individuel à amener une espèce d’acceptation sociale de réduire nos dépenses. C’est pas parce qu’on réduit nos dépenses qu’on est un pas bon et je vois des jeunes universitaires sortir pis dépenser 30$-40$-50$ dans une soirée parce qu’ils se sont payé deux bières pis une poutine pis faire comme si tout va bien, mais tout le monde autour de la table dans le bar, sont tous serrés au cou pis sont tous dans la même situation. Peut-être qu’en s’en parlant, il y a moyen de trouver d’autres façons d’être ensemble sans que l’individu assume tout seul la charge de ce qui est systémique. C’est de sortir de cette espèce de poids là que je trouve que la société nous amène à vivre de façon individuelle alors que c’est une organisation contrôlée par des grands capitaux, mais qui nous fait assumer seul quelque chose qui pourrait être plus vécu collectivement
  • Créer des lieux, peut-être des coopératives, plus de lieux solidaires, peut-être qu’il y aurait un certain prix à payer par année comme une coop, mais où tu pourrais aller gratuitement la majorité du temps pour socialiser. Oui, certes, tu peux aller dehors, tu peux glisser, tu peux marcher, mais à un certain point, des fois, c’est l’fun d’avoir des endroits communs où tu peux rencontrer des gens, où tu peux discuter. Donc peut-être de créer des endroits ouverts, sociaux, créatifs à moindres coûts, mais là, c’est le défi dans notre société parce que c’est un monde capitaliste

 

 

DEUXIÈME RÉCIT DE VIE : « C’est une situation d’injustice qui se passe avec Vidéotron. J’ai pas pu payer mon compte pendant deux mois, en fait de mai à juillet. Le service de recouvrement m’a appelée et ils m’ont dit que si je ne payais pas 500$ sur le champ, ils me couperaient. Quand j’ai pris les services avec eux, j’avais une job, j’avais une situation quand même assez bonne pis tout d’un coup ça comme chuté… j’ai perdu ma job, j’ai eu mon accident, j’me suis retrouvée sur l’aide sociale… ça comme tout dégringolé en l’espace de deux mois donc y’ont vraiment été dégueulasse avec moi au téléphone pour finalement raccrocher et me dire si vous ne payez pas 500$ tout de suite, de un, on vous reconnecte pas et de deux, vous perdez tout ce que vous avez en ce moment »

 

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Vos cris du cœur (ce que le récit vous fait vivre)

  • Mon cri du cœur, ce qui me fâche là-dedans, c’est l’espèce de technique des entreprises du recours aux insultes et au régime de terreur, comme si on payait pas parce qu’on s’en fou, on est inconscient pis corrompu on essaie de profiter
  • J’ai senti qu’elle avait été méprisée. Moi, je sens du mépris dans la façon dont elle est traitée. C’est injuste
  • J’ai entendu son histoire, je me sens révolté
  • Les gens qui travaillent pour les compagnies de câble et de cellulaire manquent de compréhension. La compagnie en général aussi.
  • Frais de communication trop élevés dans le pays. Conséquences négatives pour les personnes qui vivent de l’isolement social

 

Vos espérances de changements (ce qui devrait changer pour que cette situation ne se reproduise plus)

  • Inventer un système d’accompagnement en situation difficile pour éviter qu’une situation dérape
  • Un peu sur le même principe qu’à une époque au Québec, il y avait plein de compagnies d’électricité qui se faisaient concurrence pour pouvoir nous vendre l’électricité et se faire de l’argent à partir de nos besoins minimaux et vitaux fonctionnels, sociaux comme l’électricité et le chauffage, ben pourquoi pas nationaliser les télécommunications. Ils font de l’argent avec nos besoins facque pourquoi pas juste mettre ça dans un pot commun pis voilà, c’est à nous autres pis on se donne le droit indépendamment du fait qu’on ait de l’argent ou non pour le payer
  • Comment encadrer des compagnies à fric? Négocier de plus petits montants. Vous êtes capable, l’ACEF, avec Hydro-Québec, faudrait que ça s’élargisse a d’autres compagnies parce qu’il y a plein de monde qui sont mal pris avec des compagnies qui égorgent le monde
  • C’est un système basé uniquement sur les bénéfices (non humain), on doit changer ça.
  • Réduire le prix des communications

 

 

TROISIÈME RÉCIT DE VIE : « J’ai passé mon auto à ma voisine pis elle s’est fait arrêter en état d’ébriété pis pour permis non valide. Ça me cause des problèmes. Je suis obligé de me battre pis c’est de l’épuisement pis je dors pas beaucoup. Là je vais perdre de l’argent, c’est sûr »

 

Vos cris du cœur (ce que le récit vous fait vivre)

  • Les « bip » de délais, je ne dirai pas le mot au complet, mais les o…stie de délais, ça peut influencer notre vie
  • On ne se sent pas protégé par le système
  • Y’a pas de ressources
  • Ce que je vois, c’est que le système est au service du système. Le système, t’embarques là-dedans pis c’est comme la main dans le tordeur. Parce que la responsabilité retombe toujours sur l’individu
  • C’est une situation de malchance qui devient problématique à long terme, qui pourrait se régler relativement facilement, mais qui, faute de moyens pis de toutes sortes d’affaires, ça a une répercussion sur toute une vie
  • Y’a beaucoup de gens qui ne sont pas juste démunis au niveau financier, mais c’est toute la capacité de répondre à ces ostifi, s’cusez, à ces pas gentilles demandes qui sont outrancières et souvent le système est fait de façon à ce que les formulaires sont tellement compliqués, qu’ils sont faits dans le but de ne pas répondre à la demande et c’est ça qui fait que tu reçois une réponse en te disant ton formulaire est pas complet, mais t’avais pas… y manquait un bout des questions, mais c’était voulu de pas les inclure… Bref y’a toute sorte de moyens et on dirait que c’est devenu systémique cette façon de fonctionner là
  • Pas juste de devoir payer quand c’est pas sa faute

 

Vos espérances de changements (ce qui devrait changer pour que cette situation ne se reproduise plus)

  • Ça force l’individualisme parce qu’on a peur de se mettre dans le trouble parce qu’on a aidé quelqu’un pis ça c’est quelque chose que j’ai envie de changer dans le système
  • Faut vraiment qu’on ait accès à un vrai système de justice pour tous
  • Moi je pense que comme solution, je pense à l’idée de centre d’aide pour tout ce qui est paperasse, bureaucratie, papiers à compléter

 

 

QUATRIÈME RÉCIT DE VIE : « J’étais travailleuse autonome, je travaillais physiquement pis mon corps a dit va te coucher, pis je ne pouvais plus exercer mon métier. Mais je rentrais dans aucune maudite case de la bureaucratie. J’étais travailleur autonome et là la maladie, le diagnostic, le temps de la reconnaissance, mais tu fais quoi pendant ce temps là? C’était devenu pour moi une job à temps plein de trouver les papiers. Va à un rendez-vous et là ils te disent : « oui, mais vous avez oublié le formulaire A38 », tsé comme dans la maison des fous d’Astérix, ben c’est ça… Oui, je veux bien aller chercher un papier du médecin, mais vous savez comme moi que le médecin je ne peux pas le voir demain matin parce que … donc un délai… un autre ci, un autre ça… pis la personne, elle te regarde comme si t’étais une twit, une moins que rien, une incompétente. Ma maladie, je ne suis pas en chaise roulante, on ne dirait pas à quelqu’un qui est en chaise roulante, ben là lève-toi et va le chercher… mais quand c’est quelque chose qui parait moins ou quand on a des problèmes de santé mentale ou d’épuisement ou de burn-out, c’est comme ça, ils te disent lève-toi et marche. Pis c’est ça qui est difficile, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui vont finir par avoir des problèmes de dépression, d’estime de soi, d’isolement pis des trucs comme ça parce que même si au départ ils étaient plein de bonne volonté pis qu’ils voulaient bien s’en sortir, ben ça use, le système use.»

 

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Vos cris du cœur (ce que le récit vous fait vivre)

  • Ce qui m’a marqué, mon cri du cœur, ça serait le mot exclusion
  • Non à un système qui nous case en sorte de cause, les bonnes causes, les mauvaises causes et ne considère pas les personnes. Non à la bureaucratie et à l’étroitesse de l’aide accordée. L’exclusion des personnes qu’on est jamais capable finalement de les aider.
  • Cette situation, ça nous met dans des états de découragement. Ça brise des rêves. Faudrait que les agents suivent une forte formation pour vraiment diriger les gens. Certaines personnes ont besoin de se faire très bien diriger pis d’autres personnes ont vraiment besoin de se faire comprendre pis d’avoir les bons outils pour pouvoir mieux s’en sortir. Ils n’ont pas des cours très forts sur les relations humaines ni psychosociales
  • Pourquoi il faut que ce soit visible pour avoir de l’aide?
  • Chercher les papiers devient un emploi à temps plein
  • C’est révoltant que le système n’aide pas plus vite les gens malades

 

Vos espérances de changements (ce qui devrait changer pour que cette situation ne se reproduise plus)

  • Une suggestion : pour tous les députés, pour tous les doyens, pour tous les ministres, pour tous les profs, pour toutes les personnes qui pensent les programmes, un stage obligatoire dans les centres communautaires de quartier, dans des ACEF, dans des comités de logement, etc., etc., etc., etc. Stage obligatoire pour tout le monde
  • Qu’est-ce qui devrait changer, je trouve, ce serait l’accompagnement social qui devrait être plus là
  • Reconnaissance des problèmes de santé mentale par le marché du travail et le gouvernement
  • Instaurer un système d’aide et de services sociaux de proximité